Bulletin Solidaires Ain n°22

Mai 2019
vendredi 3 mai 2019

Sortir de la routine syndicale

Le mouvement des gilets jaunes nous a fortement interpellé·es et nous sommes loin d’avoir un avis unanime sur la question. Pour plusieurs d’entre nous, le caractère poujadiste de certaines revendications, les propos et attitudes racistes constatés sur des ronds-points et en manifestation, la symbolique patriotarde et la présence constante de l’extrême-droite en font un mouvement infréquentable. Pour d’autres, ce qui prime, c’est la revendication d’une plus grande justice sociale et le souci d’auto-organisation ainsi que le fait indéniable que les gilets jaunes ont réussi, ne serait-ce que pour un temps, à faire vaciller le pouvoir.

Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que ce mouvement jette la lumière sur les limites du syndicalisme aujourd’hui. Si beaucoup de gilets jaunes se méfient des organisations syndicales, c’est avec raison. Les syndicats majoritaires jouent de plus en plus ouvertement un rôle de garants de la paix sociale, encadrant et entravant les luttes les plus radicales. Les « fins analystes » de la politique sont pour une fois dans le vrai quand ils déplorent la perte d’influence des « corps intermédiaires » dont font partie les syndicats. Le pouvoir ne peut se passer d’eux : ils servent à graisser la machine et à éteindre les incendies. Leur fonction est de canaliser la lutte des classes en grappillant (de moins en moins d’ailleurs) quelques améliorations provisoires. Si le gouvernement a été débordé par les gilets jaunes c’est, entre autres, parce qu’il a eu le tort de négliger ses alliés, chose que déplorait Laurent Berger qui fut le premier à proposer ses services.

Les organisations syndicales ont bien tenté de faire la jonction avec ce que les gilets jaunes pouvaient présenter de meilleur. Mais, fidèles à leurs habitudes fortement ancrées, elles n’ont pu aller au-delà de journées carrées et de manifestations rituelles qui, de toute façon, auraient été programmées : 9 octobre, 5 février, 19 mars. La même routine produit les mêmes effets. Les processions rituelles, encadrées par des dirigeant·es « responsables » attire de moins en moins de monde et décourage de l’action, y compris les plus déterminé·es.

Nous sommes à un tournant : soit le syndicalisme s’enferme dans ce rôle de pacificateur inconscient des conflits sociaux et il ne lui reste plus longtemps à vivre, soit nous parvenons à reconstruire un syndicalisme radical au service de l’auto-organisation des luttes.


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